s’est éteint samedi dernier à minuit, à la veille de la commémoration du cinquantenaire du début de la guerre d’indépendance. Il était hospitalisé à Oran des suites d’une longue maladie qui l’a obligé à un alitement durant des semaines. Liant fortement son destin à celui de l’Algérie, Mohand Ouidir Aït Amrane, militant de la cause nationale l’a payé par un emprisonnement de plusieurs années dans les geôles du colonialisme.Nommé président du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), créé en 1995 sous la pression de la rue suite à la « grève du cartable », Idir Aït Amrane était un militant nationaliste de première heure du mouvement national, avant d’être nommé à la tête de cette institution placée sous la tutelle de la présidence de la République, chargée de la réhabilitation et de la promotion de la langue amazighe. Poésie de combat identitaire
Tout est dit dans le premier jet de ses strophes, écrit le 23 janvier 1945. Il est l’un des premiers chants nationalistes amazigh écrit quand il était lycéen à Ben Aknoun (Alger). Il fut le poète qui exprima les espérances en des chants patriotiques : la berbérité, les ancêtres, la paternité, le combat, le réveil, l’identité... Des valeurs, des mots d’ordres étouffés, pendant les longues nuits de colonisation. Aujourd’hui, les peuples épris de liberté, à l’exemple des africains du nord, peuple de Tamazgha, les Berbères continuent avec convictions, engagement à hisser l’étendard sous des balles assassines.
Parcours d’un militant Berbère
Mohand Idi Aït Amrane est né le 22 mars 1924 à Tikidount (Ouacifs), en Kabylie. Il a fréquenté une école primaire à Sougueur (Tiaret), puis à Mascara. Il a commencé à militer durant les années 40 pour la langue et la culture tamazight. Il a écrit Â?’Ekker a mmis oumazigh’’ (Debout fils d’Amazigh) en1945, alors qu’il étudiait encore au lycée de Ben Aknoun à Alger. Il faisait partie du fameux « groupe du lycée de Ben Aknoun » avec Hocine Aït Ahmed, Saïd Chibane, Amar Ould Hamouda, Omar Oussedik et Ouali Benaï. Cet hymne, dédié à la cause qu’il défendait depuis son plus jeune âge, a bercé des générations de militants de tamazight. Militant du PPA, il fut emprisonné, et libéré qu’après le débarquement allié. Elu en septembre 1962 député à l’Assemblée constituante, puis préfet (wali) de Chlef entre autres fonctions. Il est auteur de plusieurs ouvrages et traductions, dont les Mémoires de Ben Aknoun, Inachiden umanugh (chants patriotiques), Tajarumt n’tmazight (grammaire berbère). Il n’a manqué aucun rendez-vous de l’histoire de la revendication Berbère, notamment l’ouverture Â?’démocratique’’ du pays, dont l’une des conséquences a été la reconnaissance à petits pas, avec la grogne de la rue, par le pouvoir politique de la dimension amazighe de la société algérienne.
Haut-commissariat à l’Amazighité
Ouidir avait un grand penchant nationaliste, mais il est tout aussi sensible à la revendication identitaire amazighe. Son nom sera actionné sur le devant de la scène, particulièrement en 1995. En Kabylie, tous les élèves faisaient, alors, la grève pendant l’année scolaire 1994-95. Des milliers d’enfants et d’étudiants en Kabylie avaient déserté les écoles. Deux importants acquis furent alors « arrachés » : l’enseignement du berbère dans les régions berbérophones et la création d’un Haut-Commissariat à l’amazighité rattaché à la présidence de la République. Mais il a fallu sept ans après la création du HCA pour que le berbère soit reconnu comme langue nationale. La création du HCA a été bien accueillie par beaucoup de militants de la cause berbère pour qui « cet acquis n’était pas rien comparé au désert institutionnel qui entourait la culture berbère. »
Enseignement de Tamazight
L’enseignement et la formation pour les enseignants ont lieu depuis au moins une fois par an, et des colloques abordant des questions liées à la langue, à l’histoire et à la culture berbères sont organisés par cette institution. Des acquis arrachés après une longue lutte menée par le Mouvement culturel berbère (MCB), né des manifestations du Printemps 1980. Un mouvement qui s’était imposé comme une donnée incontournable sur la scène politique. Ainsi que des centaines de collectifs amazighs agissent pour promouvoir la culture Berbère. Dis : "le pacte que (tu) nous a laissé, Jamais nous ne l’oublierons"
NB : Les obsèques auront lieu dans le domicile du décédé Mohand Ouidir Aït Amrane à Tiaret .
Nacer Boudjou, journaliste








